DANS LES MÉDIAS - Le débat sur la gestion des universités reprend de plus belle

17 novembre 2017

DANS LES MÉDIAS

PUBLIÉ DANS LE DEVOIR AUJOURD'HUI

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Le débat sur la gestion des universités reprend de plus belle

Les syndicats dénoncent un «détournement marchand» et un «virage autoritaire»

LE DEVOIR - 17 novembre 2017 – PAGE A3

Marco Fortier | Éducation

« Détournement marchand »« dérive autoritaire »« perte de pouvoir des professeurs » : la colère gronde dans des universités québécoises, où une partie de bras de fer oppose syndicats et directions d’établissement.

La controverse est ainsi repartie de plus belle autour de la refonte projetée de la charte de l’Université de Montréal (UdeM), qui fait l’objet de vives critiques de la part des associations regroupant 78 000 professeurs d’université au Québec et dans le reste du Canada.

Une question cruciale se trouve au coeur du débat : qui prend les grandes décisions de l’université ? L’UdeM cherche à réduire l’influence des professeurs et chercheurs dans la gestion de l’établissement au profit d’autres représentants de la communauté universitaire (chargés de cours, personnel de soutien) et de membres externes, issus de l’extérieur du campus.

Cette bataille a agité le campus de l’UdeM au cours de l’hiver dernier. Le recteur Guy Breton avait suspendu sa réforme, mais l’initiative a refait surface dans un projet de loi soumis à l’Assemblée nationale cette semaine.

L’université compte faire davantage de place aux membres dits « indépendants » (issus de l’extérieur du campus) au conseil d’administration et au comité exécutif de l’établissement. Le projet de nouvelle charte prévoit aussi une réduction des pouvoirs de l’assemblée universitaire, qui regroupe des représentants de toutes les composantes de l’établissement — professeurs, chargés de cours, étudiants, professionnels de recherche, cadres de l’université, et ainsi de suite.

Pour le recteur Guy Breton, la nouvelle charte vise à faire entrer la gouvernance de l’UdeM dans le XXIe siècle en branchant l’établissement sur ses milliers de diplômés qui occupent des postes importants dans le milieu des affaires, de la culture ou dans le secteur communautaire, par exemple.

Le principe de collégialité reste en place, mais d’autres voix que celles des professeurs se feront aussi entendre, insiste l’UdeM. La réforme proposée correspond à ce qui se fait dans d’autres universités nord-américaines.

« Coup de force »

Pour les syndicats de professeurs, la nouvelle charte de l’UdeM représente un « coup de force » qui bafoue le principe de collégialité au coeur de la mission de l’université. Le projet de loi visant à réformer la gouvernance de l’UdeM est un « cheval de Troie »qui risque de se multiplier dans tout le pays, soutient l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) — qui regroupe 70 000 membres dans 120 universités.

Pour l’Association, le projet du recteur Breton remet la gestion de l’UdeM entre les mains de gens d’affaires. Or l’enseignement supérieur n’est pas une marchandise, fait valoir l’ACPPU.

La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), de son côté, affirme que le projet menace la liberté universitaire des professeurs et leurs droits fondamentaux d’association et de représentation. Les professeurs deviendraient de « simples exécutants » avec le projet du recteur de l’UdeM, estime la Fédération.

« Gestion participative »

Un débat similaire est survenu à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Le Syndicat des professeures et professeurs de l’UQO vient de remporter deux griefs contre la nomination de cadres à des postes réservés à des professeurs syndiqués.

« Il est possible qu’il y ait un vide à combler dans la réglementation, mais les droits de gérance de l’Université à titre d’employeur ne lui permettent pas de se substituer au conseil d’administration », écrit l’arbitre Denis Provençal dans une décision du 25 octobre 2017.

L’UQO avait désigné des cadres pour remplir ces fonctions, car aucun syndiqué n’avait posé sa candidature. « On se réjouit de la décision. On espère que ça va favoriser l’implication de professeurs », a affirmé Gilles Mailloux, directeur des communications et du recrutement à l’UQO.

Programmes « payants »

Louise Briand, présidente du Syndicat des professeurs de l’UQO, se réjouit elle aussi de ce qu’elle considère comme un rappel à l’ordre du tribunal d’arbitrage. « L’arbitre a souligné que la réglementation du réseau de l’UQ est établie sur la gestion participative. Les cadres du réseau ont tendance à l’oublier », dit-elle au Devoir.

Elle souhaite que le 50e anniversaire du réseau des universités du Québec, en 2018, permette de réaffirmer avec plus de vigueur le principe de cogestion. « Le détournement marchand est doublé d’une dérive autoritaire, dans le réseau de l’UQ comme ailleurs », ajoute Louise Briand, qui est aussi vice-présidente de la Fédération des professionnèles (CSN).

La multiplication des cadres et des administrateurs externes à des postes-clés des universités entraîne une logique marchande, selon elle. Ces gestionnaires risquent de donner la priorité aux programmes « payants », calqués sur les besoins des entreprises, par exemple. Louise Briand cite le projet de décentralisation à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) : les budgets seraient décentralisés vers les facultés et écoles les plus lucratives, notamment l’École des sciences de la gestion.

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